Bases sur la sécurité en eaux-vives

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Des dangers sournois

La pratique en eaux-vives présente des dangers qui ne sont pas évidents à première vue. Les débutants pensent généralement que le risque est de tomber sur des cailloux et se faire mal. C'est une erreur : les vitesses sont faibles et en général, on arrive presque toujours à tomber sur sa planche, et sinon, soit il y a peu de profondeur et de courant et on saute debout à côté (attention cependant aux chevilles), soit on tombe dans des gros mouvements d'eau où il y a de la profondeur.

Le plus gros risque est de se noyer. Paradoxal dans un mètre d'eau. En surf sur la mer, il est évident qu'un shore break de 2m est dangereux. En rivière, c'est plus sournois : un seuil de 50cm peut être un piège mortel. C'est pour cela qu'il faut se former aux dangers de l'eau-vive.

Se former

La meilleure école sont les clubs de canoë-kayak. Vous pouvez aussi faire appel aux professionnels de l'eau vive (BE Kayak), à condition de bien leur dire que vous voulez avant tout apprendre et pas seulement faire une ballade sans avoir à vous poser de questions (ce qui est ce que demandent 99% de leur clients). Le principal problème dans les deux cas sera la réticence devant le support stand-up-paddle. Mais on peut tout à fait se former aux dangers de l'eau-vive en kayak.

Comme être coincé sous une voiture

Je décris ici les principaux dangers afin d'avoir un point de vue théorique. Pour résumer le risque est d'être la tête sous l'eau sans moyen de la sortir (soit car on est coincé, soit car on a perdu connaissance). Contrairement aux vagues sur la mer qui peuvent être puissantes mais qui laissent quelques secondes de répit entre 2 vagues, dans une rivière le courant est continu: si on est coincé à un moment donné, on le restera jusqu'à la décrue. Les plus petits débits dans les rivières navigables sont de 2 mètres cubes par seconde. Rapporté à un rectangle de 1m sur 2, ça fait une pression d'une tonne, comme être coincé sous une voiture. Donc même les plus musclés des humains ne peuvent lutter contre le courant.

Le leash

Le leash peut se transformer en piège mortel en coinçant le rider au fond de la rivière s'il accroche à une branche ou une pierre de fond. Les solutions:

  • Se passer de leash. Vous vous dites sûrement: mais ma planche va partir très loin. En fait, mise à part sur les rivières à fort courant sans partie plate, lorsqu'on perd la planche, elle ne va pas très loin. Et s'il y a beaucoup de courant et de la profondeur votre corps sera emporté par le courant à la même vitesse que votre planche, vous n'aurez donc à nager que quelques mètres.
  • Utiliser un leash largable accroché au gilet de sauvetage. Il ne faut surtout jamais accrocher son leash à la cheville: on se retrouve rapidement dans une situation où le courant nous empêche de se redresser pour que la main atteigne la cheville. Il faut pour cela soit utiliser un gilet de kayak "moniteur" qui a la ceinture largable comprise, soit utiliser une ceinture largable qui doit passer par des passants cousus au gilet (pour ne pas qu'elle glisse sous le gilet). Certains leash sont auto-largables sous charge. Si ce n'est pas le cas, on peut se débrouiller en utilisant le scratch du leash : il faut le fermer partiellement de sorte qu'il cède lorsqu'on tire fort dessus.

 

Nous n'utilisons pas de leash, sauf lorsque une de ces conditions est réunie:

  • Plan d'eau ouvert avec du vent: le vent peut emporter la planche plus rapidement que votre vitesse de nage. Ce genre de configuration est très rare en rivière dans notre région, il est plus courant sur les grands fleuves de plaine
  • Obstacles non franchissables à la nage en aval: dans tous les cas c'est dangereux. Mais si on ne peut passer ces obstacles que sur une planche, mieux vaut pouvoir y remonter dessus très rapidement
  • Rivière en crue avec beaucoup de vagues et d'écume. La nage y étant difficile, même avec un gilet, mieux vaut pouvoir remonter rapidement
  • Compétition: lorsque chaque seconde compte, effectivement il faut remonter le plus rapidement possible sur sa planche. A noter que pas mal de compétitions interdisent les leashs (exemple: SUP River Tour), dans ce cas si on tombe, on oublie le podium.
  • Petit groupe ou solo, eau glaciale et beaucoup de contre-courants: dans ce cas on peut tomber dans un contre-courant et la planche dans le courant principal (ou vice-versa). S'il n'y a personne devant pour arrêter la planche ou derrière pour nous repêcher, on peut rester longtemps dans l'eau. Ce n'est pas un problème, sauf si l'eau est glaciale. Dans ce cas, le rapport bénéfices/risques du leash penche en faveur du leash

Branches, pierres et rochers

Le risque est:

  • Que le courant nous plaque contre un de ces obstacles
  • Qu'un élément de l'équipement se coince dedans
  • De se les prendre

Du coup la prévention consiste en repérer ces obstacles (pas toujours facile lorsqu'ils sont sous une eau opaque) pour pouvoir anticiper pour les éviter.

Les branches sont facilement dangereuses: elles sont souvent horizontales, peuvent faire toute la largeur d'un passage, et surtout elles bougent beaucoup à chaque crue.

Les rappels

Page sur les rappels sur eauxvives.org

En savoir plus sur les rappels et les vagues statiques

Certainement le plus grand danger en eaux vives. Lorsque la “lame d’eau” descend brusquement (30 cm suffisent), il peut se créer un tourbillon duquel il peut être difficile de se sortir:

Illustration rappels

Les rappels naturels, causés par un trou par exemple, sont parfois praticables. En revanche les rappels causés par un ouvrage artificiel, sont plus dangereux: du fait de la régularité de l’ouvrage, le tourbillon est parfait et continu sur toute la largeur de l’ouvrage, n'offrant aucun point de sortie.

Pour repérer la présence d’un rappel:

  • Les objets flottants ont tendance à rester sur place
  • L'eau à l'air mousseuse

Les siphons et drossages

Lorsque le courant s'engouffre sous un arche ou des rochers, on parle de siphon. Bien évidemment c'est dangereux. Lorsque de l'eau rencontre un obstacle sans faire de remous, c'est qu'elle passe par dessous, donc méfiance. Mais les siphons, et en particulier les siphons "sous-marins", sont parfois impossibles à repérer depuis la surface. Il faut donc consulter un topo ou un guide pour connaître leur emplacement. Ils peuvent être formés par des rochers, ou des branches. Les rochers ne bougent pas souvent, en revanche des branches peuvent apparaître à chaque crue.

Les drossages sont les zones où le courant plaque les embarcations contre les bords de la rivière. Si la roche est tendre, le courant peut même creuser dessous. Il convient de les repérer ou les connaître et de les anticiper en prenant l'intérieur du virage.

Position à adopter en cas de chute

Afin d'éviter que les jambes se coincent entre des rochers, en cas de chute dans un rapide, il faut me mettre en position assise avec les pieds devants et éviter de faire traîner les mains (sauf si on vous tend une main ou une pagaie !). En cas de collision avec un rocher, l'amortir avec les jambes. Mieux vaut se casser le coccys que rester coincer au fond de l'eau. On ne se relèvera de cette position que lorsque la zone de rapides est terminée.

Ci dessous la position de sécurité de canyon. On peut l'utiliser, mais dans une rivière à pente plus douce, on préférera la position assise que couchée et on sera un peu moins raide sur les jambes.

Position de sécurité canyon
Position de sécurité canyon

Lignes de pêche, câbles, etc

Les lignes de pêche sont difficiles à voir. Heureusement elles se cassent facilement, personne ne fait de la pêche au gros en rivière, mais ça peut surprendre, surtout si c'est dans le cou.

Les câbles, sont faciles à voir, en revanche il faudra les éviter, et prendre en compte qu'une crue peut faire tomber un conduit, câble ou autre dans le lit de la rivière.

Comment tomber

Le mieux est de ne pas tomber, pour ça il faut anticiper, écarter les pieds et baisser son centre de gravité lorsque les difficultés arrivent. On peut même poser un genou sur la planche (préférer un seul genou aux deux: il est plus rapide de passer de la position debout à un seul genou, et on garde un meilleur contrôle). Lorsque toutefois on tombe, il faut tenter de tomber sur sa planche. Si on ne peut pas, cela dépendra de sa vitesse et de la nature du fond:

  • fond plat, eau translucide, vitesse faible, courant faible: on peut tomber debout sur ses pieds
  • dans tous les autres cas (c'est à dire la plupart du temps): tomber assis, les pieds devant

En situation de "nage", tenter de remonter le plus rapidement sur la planche, mais sans tenter de prendre appui sur le fond (sauf si on a constaté qu'il est lisse). Si la planche n'est pas à portée de main, descendre le courant assis ou couché les pieds devant, et ne se relever que lorsqu'on est dans une zone de courant faible.

Licence CC-BY-SA wwsup06 (sauf l'image d'illustration)

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